Il est renvoyé au Kosovo, sa femme est contrainte de le suivre

Les conjoints d’« étrangers criminels » risquent eux aussi d’être renvoyés de Suisse sans qu’on leur reproche quoi que ce soit. En décembre 2013, le Tribunal Fédéral s’est prononcé sur le cas d’un ressortissant kosovar ayant perdu son autorisation d’établissement suite à plusieurs infractions pénales, ainsi que de son épouse. Également de nationalité kosovare, elle est arrivée en Suisse par regroupement familial en 2009. Suite à l’expulsion du mari, elle ne peut plus prétendre à la prolongation de son autorisation de séjour. Elle se voit donc contrainte de rentrer au Kosovo avec leurs deux enfants nés en 2010 et en 2012 en Suisse.

Ce cas démontre que la pratique en matière de renvoi de criminels étrangers entraîne des conséquences sur des individus n’ayant commis aucune infraction pénale : les membres de la famille des personnes renvoyées, lorsqu’ils se trouvent en Suisse par regroupement familial. Les femmes et les enfants sont ainsi les premières victimes de ces « effets collatéraux » de la loi, les hommes commettant plus souvent des infractions pénales. En effet, la loi ne prévoit pas un droit à la poursuite de leur séjour dès lors que le lien conjugal est resté intact.

Cet arrêt met ainsi en évidence la problématique des liens de dépendance instaurés entre les époux dans les cas d’autorisations de séjour obtenues par regroupement familial. L’absence de permis autonome met de nombreuses personnes en condition de vulnérabilité. C’est le cas notamment des migrantes victimes de violences au sein du couple (voir notre rapport Femmes étrangères victimes de violences conjugales).

Sources

Centre suisse de compétence pour les droits humains, « Une épouse kosovare est contrainte de suivre son mari au Kosovo », 12 mars 2014.

Tribunal fédéral, 2C_536/2013, arrêt du 30 décembre 2013 (en allemand).

Cas relatifs

Cas individuel — 24/02/2026

Détenu mineur en Bulgarie, le TAF confirme malgré tout son renvoi de Suisse

Baram*, kurde de Syrie tout juste majeur, demande l’asile en Suisse en septembre 2021. Il explique notamment avoir été détenu durant deux mois en Bulgarie alors qu’il était encore mineur – ce qui l’a empêché de bénéficier de la protection due aux mineur·es, notamment le droit de rejoindre sa famille en Suisse. Il invoque également des problèmes de santé psychique. Sa demande est rejetée par le SEM en novembre 2021, qui ordonne son renvoi en Bulgarie au motif qu’il y possède une protection subsidiaire. Le TAF admet le recours de Baram* et renvoie la cause au SEM pour plus d’investigations. Plus d’un an après, le SEM rend une nouvelle décision de non-entrée en matière et de renvoi vers la Bulgarie. Baram* dépose un nouveau recours, rejeté par le TAF qui confirme la décision du SEM
Cas individuel — 20/11/2018

Après 4 ans éprouvants, une mère et sa fille reçoivent une admission provisoire

Après avoir déposé une demande d’asile en Suisse, une famille tchétchène vit quatre ans dans l’attente d’une décision. Durant cette période, qui débouche sur une admission provisoire en Suisse, « Larisa » et sa fille « Selina » sont éprouvées psychiquement et physiquement. Après que « Selina » ait été contrainte à un mariage forcé, elles doivent également faire le deuil de leur fils et frère « Aslan », assassiné en Russie suite à son renvoi par la Suisse.
Cas individuel — 03/12/2014

Atteinte d’un grave cancer, elle doit partir sans garantie d’accès aux soins

« Olga » est une ressortissante ukrainienne atteinte d’un grave cancer. L’ODM refuse de lui octroyer un permis de séjour pour cas de rigueur, au motif que les soins sont disponibles en Ukraine. Les autorités ne prennent ainsi nullement en considération la problématique de l’accès à ces prestations dans un pays gravement affecté par la corruption.